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Stephen King

C'est l'histoire d'un amour banal et inconditionnel.
Il a pris naissance, il y a quelques dizaines d'années, lorsque j'ai découvert les écrits du maître de l'intrigue et du frisson : Stephen King.

Je sais il a bien changé, mais c'est ainsi que je le verrai toujours, comme à l'époque de Creepshow.


Je ne me souviens pas du tout premier roman que j'ai lu de lui, mais plutôt d'une situation particulière. Avec Simetierre. Ca devait être en 1985 donc. C'était les vacances, il faisait ultra chaud, et alors que tous les gamins de mon âge s'ébaudissaient dans les vagues, je préférais rester sur la banquette en moquette (double étuve) de la caravane pour lire ce livre tous les après-midi. Je l'ai littéralement dévoré. J'ai compris à ce moment-là ce qu'être happé par un roman veut dire. S'évader. Etre physiquement quelque part mais ne plus le ressentir car psychologiquement on est complètement ailleurs. Aucun autre auteur ne m'a jamais procuré cette sensation.
Je suis tombée amoureuse de cet auteur et je lui suis toujours restée fidèle. Bien sûr, il y a des écrits qui ne m'ont pas toujours plu. J'ai regardé à ce jour toutes les adaptations télévisuelles et à part quelques exceptions, j'ai toujours été déçue, même si j'avoue aimer les regarder de temps à autres.


 The Graveyard Shift, j'ignore pourquoi mais j'adore cette adaptation, pourtant pas top...


J'aime King parce qu'il écrit des histoires intrigantes et d'horreur, bien sûr. Je suis une fana de ce genre, en film, en livre, en BD. Mais j'aime King aussi par cette facilité qu'il semble avoir de vous embarquer dans ses univers. Les personnages de ses oeuvres sont tellement simples, communs, qu'ils en sont familiers, proches. Pas de héros aux nobles sentiments et la mèche parfaitement coiffée, ou tombant en rideau sur un regard mélancolique outrageusement torturé. Non, des monsieur/madame tout-le-monde, bruts, taillés à coups de serpe, dotés des sentiments plus ou moins discutables et moraux de tout un chacun, parfois sales, parfois détestables, tellement humains... Les personnages boivent, mangent, choppent la diarrhée, vomissent leur bière, urinent sur la haie de la voisine, éjaculent dans un kleenex douteux et rigolent d'un pet trop odorant... Sans jamais aucune vulgarité ni outrance, juste naturellement, ils vivent.
Et c'est ce que j'aime dans ce genre de personnages. Le même genre de protagonistes que met en scène John Carpenter et qui fait que j'adore ces deux bonhommes et leurs univers.
Pas de jeunisme, d'androgynie, ni de gravure de modes, juste des gens, de tous les âges pris dans leurs maëlstroms de contradictions.
Des gens simples... soi-même... l'identification ou la possibilité  de vivre une aventure si particulière est donc envisageable.
Blaze, signée Richard Bachman à l'époque, une histoire perdue et rejetée par le maître lui-même, heureusement ressortie des tiroirs en 2007. Très touchante.


J'aime King aussi parce qu'il sait distiller ses intrigues, elles s'insinuent dans votre tête et vous titillent en permanence. Il est très dur de lâcher la lecture. Même lorsqu'il ne se passe "rien", on est absorbé par cet univers si banal et pourtant si particulier. Même si bien souvent, on voit arriver le dénouement à l'avance (Secret Window Secret Garden), impossible de ne pas être comme hypnotisé par les mots.
Il y a toujours une sorte de panneau entre le réel et l'irréel, ce qu'on est prêt à accepter et ce qu'on occulte, ce qui rassure et l'intangible, le tenu pour acquis et la folie, un panneau ne tenant que par un rouage rouillé, prêt à casser et faire basculer les certitudes dans l'inconnu. Tous les sentiments que l'on enterre en soi dans sa vie, parés à rejaillir à la surface, comme une canalisation sur le point de sauter et d'inonder la raison de ses fantômes oubliés. C'est ça aussi King. Il vous donne le râteau pour ratisser votre propre jardin. Chacun puise dans ses histoires des éléments qu'il peut relier à ses propres expériences.
Comme Colorado Kid ou Brume. Il ne vous explique pas, il vous donne la matière première à la réflexion. Où s'arrête la part de responsabilité d'Arnie dans Christine ? Chacun l'interprètera à sa manière. Chacun y verra ce qu'il voudra y voir. King nourrit simplement le lecteur, à lui de composer sa propre réalité.

J'aime King surtout pour ses nouvelles. Les oeuvres qui me laissent le plus dans un état second. J'avoue avoir eu des sueurs froides sur certaines. L'histoire du petit singe à cymbales... C'est la première qui me revient en tête. La Petite Fille qui Aimait Tom Gordon m'a vraiment fait flipper aussi. Simple, direct, minimum d'effets et si troublant ! Mais là également, il touche à ce qu'on a au plus profond de soi. Personnellement il faisait écho pour moi à des terreurs enfantines personnelles : les bois, la nuit, perdu, une grosse bestiole. D'où son impact à la lecture.

J'aime King aussi parce qu'il a été l'instigateur d'une autre histoire d'amour que j'entretiens pour l'illustrateur Bernie Wrightson. J'ai possédé par le passé la première édition française du Cycle of The Wolf. J'étais dingue des dessins. Le loup-garou formant en plus pour moi une sorte d'obsession illustrative. Tellement impressionnée par le talent de Bernie, il reste mon illustrateur préféré, une sorte d'idole dans ce métier que je partage aussi.


 Dessin réalisé pour StripScience, mais j'y ai inclus un clin d'oeil à CA.


J'aime King pour le Maine. Ou plutôt, j'aime le Maine à cause de King. Ce genre de géographie, ce littoral, ces forêts de pins sombres, cette vie si tranquille et calme en apparence. Le charme de la Nouvelle Angleterre et sa solitude pesante aussi. Ce genre de paysage m'a toujours fait fantasmer. C'est ce que j'ai adoré dans Alan Wake. Si vaste, si inconnu, si troublant (flippant?) et pourtant si magnétique. Hypnotique Maine.

J'ai quasiment tout lu de Stephen King. Il me reste encore quelques livres zappés car pas le temps, accaparé par autre chose, oublié, etc. Insomnie, Histoire de Lisey et Duma Key, que je suis en train de lire en ce moment même. 
Ma collection pourtant comporte de très grands trous. Nombre des romans que j'ai lus étaient des emprunts à la bibliothèque municipale, c'est comme ça quand on est gamin. Misery, Carrie, Cujo, Les Tommyknockers, Bazaar, Le Fléau par exemple. Ou des exemplaires perdus lors de déménagements, ou autres aléas de la vie quand on est gamin. Je dois encore recomposer ma collection et relire avec plaisir ceux que je n'ai pas compulsés depuis 20 ans au moins. Et c'est un plaisir nostalgique que de relire ces anciens romans.

J'aime King tout simplement. Et je crois que je l'aimerai toujours.