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La dernière terre - avis

Une fois n'est pas coutume, je voulais me fendre d'une petite bafouille après avoir terminé la lecture du roman La Dernière Terre, création d'un couple d'illustrateurs de ma connaissance. Ils m'ont gentiment offert le premier tome d'une saga qui risque, si elle est à l'image du premier tome, de devenir épique et d'imposer son empreinte dans le milieu de la Dark Fantasy.



J'avoue avoir dévoré le livre. Je ne sais par où commencer, donc je vais disséquer point par point. Enfin tout du moins, ce qui me vient à l'esprit, à chaud, là.

Tout d'abord, on sent que derrière l'ouvrage, se cachent deux artistes. Leur métier premier étant l'illustration. Car le roman se pare de nombreux détails visuels qui apportent vraiment une profondeur, un petit plus à l'objet. Une carte, des lettrines, une police d'écriture différente pour des notes introspectives, un glossaire, une page explicative sur la hiérarchie militaire du livre, le livret d'illustrations, etc. Sans compter le marque-page et la couverture illustrés par leurs soins. Autant de petits détails qui démarquent ce livre de n'importe quel autre sur un étal. Quoi qu'il ne faut pas se plaindre, car dans le rayon fantastique-fantasy, généralement, les livres peuvent se targuer d'être beaux avant même d'être bons. Disons donc, comparé à la littérature en général !
Donc déjà, visuellement, on sent l'affection de l'auteur pour son oeuvre.

Ensuite, le style. J'avoue avoir été véritablement impressionnée et conquise. 
Que l'on n'interprète pas mal cette remarque, car cela ne veut pas sous-entendre que je m'attendais à quelque chose de moins bien. Je veux dire simplement que j'ai vraiment accroché au style employé. Magali est une illustratrice à la base,  ce n'est pas un écrivain qui en est à son dix-huitième roman.... et pourtant on en aurait presque l'impression tant la maitrise d'écriture dont elle est pourvue force le respect. Là aussi, je pense qu'être artiste, illustrateur à la base, confère une vision et une émotion qui apportent un réel plus dans les écrits. Les phrases, sans être surchargées ni prétentieuses, fourmillent de détails. Les descriptions ne sont pas lourdes,  mais ouvrent tout de suite sur un visuel en quelques mots. Il suffit d'un adjectif, d'une tournure, pour que l'on s'imagine parfaitement les personnages, leurs réactions, les décors, sans en rajouter de superlatifs superflus à chaque paragraphe. Certaines phrases m'en sont même parues mélodieuses. C'est un réel plaisir à lire, d'où le fait d'avancer dans l'aventure sans jamais se lasser. Je ne sais pas comment expliquer mieux, il faut lire le roman. Moi fille de prof' et d'instit' et ayant un bon vocabulaire de base (bon, même si ça ne se voit pas !!^^), j'ai même appris quelques mots, tant celui employé est riche et toujours renouvelé !
Quant aux dialogues, ils sont toujours vivants et imagés, sans même avoir à décrire les gestuelles, on visualise parfaitement les mimiques et les attitudes.

L'histoire quant à elle est très bien ciselée. Au début, on s'y perd un peu tant le panel de personnages est conséquent. Mais on retombe très vite sur ses pattes, et même lorsque le nom n'est pas cité, on arrive à identifier quel protagoniste agit en début de chapitre. 
Il s'agit d'un premier tome, la saga devant se dérouler sur 6, si je ne dis pas de bêtise. L'action est donc relativement lente à se mettre en place. Mais attention, elle n'en est pas pour autant ennuyeuse, car les personnages semblent mus d'une véritable existence, ils vivent en ces pages, et c'est un plaisir que de les voir évoluer dans leur quotidien. Chaque caractère est ainsi posé, rouage nécessaire pour mettre en place l'intrigue. Intrigue, qui, lorsqu'elle pointe le bout de son nez vous force à engranger les pages avidement. 
J'avoue avoir été totalement scotchée à bon nombre de passages, lorsque le mystère qui enveloppe certains événements se fait plus présent. Attention spoil : bon moi dès qu'il y avait la bêbête, j'étais à fond dedans !!! :P

Si je devais citer quelques petits défauts... attention totalement subjectifs ! Et encore le mot défaut est mal choisi, ça entre plutôt dans le domaine des détails qui ne vont pas forcément de paire avec mes goûts personnels. Je trouve le panel féminin trop exsangue et découlant d'un même moule. C'est l'histoire et les moeurs dépeintes qui veulent cela. Mais moi, personnellement, comment expliquer cela : j'peux pas saquer Princesse Peach, je préfère Lara Croft ! En gros, ça manque de Bad Girl, ou tout simplement d'une nana à fort caractère. Là, je les trouve trop lisses, effacées, et toujours dépendantes du regard masculin. Réservée, timide, effacée, servante ou femme au foyer, mère, épouse, amante, mais jamais "elle pour elle-même". Même la mère de Genth qui semblait se détacher par son esquisse n'en demeure finalement qu'une mère. Et même si l'une ou l'autre se dévoile un peu par quelques bravades, c'est toujours pour mieux mettre en exergue ou servir de faire-valoir à un personnage masculin et non pour elle-même.
Les femmes sont trop féminines, trop belles, trop apprêtées. Et moi dans la vie réelle, les précieuses qui se pomponnent, qui s'évertuent à ne pas froisser leur robe, toujours bien mises, qui ne supportent pas d'avoir une mèche de travers et qui font des manières, j'ai juste envie de leur coller une tarte, c'est plus fort que moi !! :D C'est mon côté tom-boy...
Je vois, j'adore les personnages de femme-femme uniquement quand elles recèlent quelque chose de plus. Je prends pour exemple Molly Weasley. Une simple mère au foyer, mais à mesure que les romans de JK Rowling se succèdent, on voit apparaître une femme forte, véritable pilier de sa famille, une mère certes, mais tellement plus... et ce n'est pas pour rien que c'est à elle que JK a réservé le droit de se défaire de Bellatrix Lestrange... Une "simple" mère au foyer et c'est pourtant mon personnage préféré de la saga Harry Potter, tellement son rôle est profond et complexe. (bon et son interprétation dans les films n'y est pas étrangère non plus, j'adore le "rendu visuel" de l'actrice !!)
J'aurais voulu d'une Feor au féminin par exemple. Mais encore une fois, il s'agit de ma sensibilité et de mes goûts personnels et cela n'a rien à voir avec la qualité du roman. Et cela peut paraître bizarre que je me plaigne du rôle peu important des femmes, car je suis d'une nature plutôt misogyne généralement ! :P

En parlant de Feor, tiens, c'est justement le personnage que j'ai le plus apprécié !
Chaque personnage est finement détaillé, pas forcément physiquement mais émotionnellement encore une fois. Et là où j'ai été aussi impressionnée par la maîtrise de l'écriture, c'est que certains personnages sont particulièrement détestables (pour moi : Nelgoth bien évidemment, puis Genth qui personnellement m'énervait déjà profondément dans sa perfection, mais les événements avançant, il change et laisse entrevoir un visage moins aimable qu'au début du livre, puis Reghia peste morveuse au commencement et geignarde insupportable qu'on a envie de secouer par la suite, attention là encore c'est ma sensibilité) J'avoue aussi que je n'accrochais pas à Cahir au début et après "l'incident" par contre, j'ai commencé à l'apprécier de plus en plus. Au début, il me faisait penser à Squall de FFVIII. Or, moi Squall, j'avais envie de lui mettre des coups de pieds au cul tellement il m'énervait perdu dans ses grands airs mystérieux et mélancoliques à souhait. (parenthèse, la scène de la Relève au début sonnait comme le début des manoeuvres de Dollet dans FFVIII pour moi, ça m'y faisait penser, un bon point car j'ai vraiment apprécié) Puis bon, les personnages androgynes et moi, pour ceux qui me connaissent un peu, ça fait deux. J'applaudis d'autant le talent de Magali de me l'avoir fait apprécier grâce à son écriture ! Bref on ne reste pas indifférent aux personnages, on compatit pour eux, on les apprécie, on les admire, ou on les déteste cordialement. Et là, je trouve que c'est un tour de force pour un écrivain, car dans une oeuvre, on a tendance à aimer les protagonistes que l'on créée, on les porte en soi très longtemps avant d'accoucher de quelques lignes, et d'en faire "des connards abjects" si vous me passez l'expression, je trouve ça décidément très bon et super bien maîtrisé.

Ha puis tiens aussi, ça manque de vieux lubriques décadents et rustres, y a trop de jeunisme ! :P Moi, faut dire que j'en colle partout, des Tortue Génial à la sauce Carpenter, j'adore ça ! Des gros bourrus je suis fan... tiens le casting de The Thing par exemple !

Bref, ce premier tome, je dois le dire m'a énormément comblée. Je ne savais pas à quoi m'attendre et la lecture m'a ravie au plus haut point. Maintenant j'avoue que le deuxième tome va me paraître horriblement long à attendre.Surtout maintenant que l'intrigue est lancée et que de nombreuses questions affluent sous mon crâne... Que va faire untel, qu'était-ce donc cette chose, ces voix, ces démangeaisons, Akil...
J'ai une autre amie auteur (ha non, ne comptez pas sur moi pour mettre un e à ce mot, j'exècre la féminisation des mots au plus haut point :P )  et belge  :P dont le second roman est en cours d'écriture aussi. Et c'est une joie et une fierté pour moi de pouvoir compter deux écrivains (même remarque que pour auteur :P ) talentueux dans mon cercle d'amis.

Je finirai en conseillant grandement l'achat de ce premier tome. Par amour de l'esthétique, pour la couverture et ses détails. Par amour des mots tellement les phrases offrent une douce berceuse et pour gonfler son vocabulaire. Par amour des aventures épiques. Par amour des gens qui mangent des plats qui donnent faim quand on lit... punaise les biscuits aux baies et les fromages de Feor...

Pour se procurer le roman
http://editions-hsn.fr/livres/la-derniere-terre-1-lenfant-meredhian
http://projet.ldt.over-blog.com/
http://www.laderniereterre.com/

Dernière information, je serai présente sur le livret accompagnant le deuxième tome qui paraîtra en février, regroupant diverses visions d'artistes sur l'univers de la saga. C'est un honneur pour moi et j'espère pouvoir pondre un gribouillis qui puisse rendre suffisamment hommage à cette saga, somptueuse comme je l'imagine déjà.

Et enfin pour la route, un petit griffonnage ultra rapide histoire d'illustrer mon réel coup de coeur pour ce roman (excusez de la qualité, c'est fait à la va-vite sur les genoux...):